le Passant Ordinaire

« L’Arabe reste l’ennemi »

Par Jean-François Meekel

Le Passant Ordinaire n°35 [juin 2001 - août 2001]

Mustapha Machaar est arrivé à Almeria il y a 6 ans. Depuis 4 ans, il a « ses papiers ». « L’empresario, l’employeur, dit-il a besoin de toi de 8 heures du matin à 8 heures du soir. Après, je ne veux pas te voir, ni dans ma rue, ni dans mon café, tu n’existes pas » Mustapha a travaillé pendant 3 ans et demi pour le même horticulteur. Un jour, il l’a mis à la porte sans aucune explication et encore moins d’indemnisation. « On travaille pour 4 000 pesetas par jour, six jours sur sept, souvent une partie du dimanche si le patron a besoin de toi. Jamais de vacances » Les contrats de travail ne dépassent pas deux à trois mois, ils portent le salaire minimum théorique de 5 000 pesetas par jour. Dans les faits, le travailleur immigré, qu’il soit clandestin ou non, ne touche jamais plus de 4 000 pesetas. Mustapha qui a de plus en plus de mal à trouver du travail vit dans un de ces cortijos, ces fermes en ruine, à l’écart des villages. La semaine passée, il partageait ce lieu avec une douzaine de compagnons d’infortune, le jour de notre rencontre, ils étaient 27 ». Pour les Espagnols, cinq siècles après, l’Arabe est toujours l’ennemi ». Pourtant, il cherche une explication à défaut de pouvoir excuser leur comportement ». Il y a 20 ans, ils étaient pauvres, ils ne voyaient pas d’immigrés, il n’y étaient pas préparés. Il leur faudra du temps pour les accepter, dans 50 ou 60 ans peut-être. Ce ne sont que des paysans, sans culture ». En nous quittant, le jeune homme se retourne encore » Vous savez, j’ai un bac, Sciences-Ex. Quinze ans d’études. Alors, dans les serres, je me sens bien supérieur à eux ».