le Passant Ordinaire

Le dernier voile

Pour Mariem, femme de Mauritanie, qui m’a aidée à comprendre

Par Stéphanie Benson

Le Passant Ordinaire n°35 [juin 2001 - août 2001]

Ils disent que le voile que je porte
enfreint la liberté mon amour
Cependant je ne cache que choses précieuses -
trésors à dévoiler en temps langoureux -
tableaux à contempler avec l’œil amoureux
de qui me regarde comme une femme

Le premier voile que j’enlèverai
en franchissant le seuil de ta maison mon cœur :
l’épais voile d’inquiétude
qui ternit mes yeux dans la solitude
Dehors est sombre et semé d’embûches
Pour qui veut être femme

Le deuxième voile que j’enlèverai
en franchissant le seuil de ta maison mon cœur :
légère mellafah de dix mille teintures -
Coton doux préserve mon dos :
l’œil poignard fouille les rondeurs
de qui doit être femme

Le troisième voile que j’enlèverai
en franchissant le seuil de ta maison mon cœur :
le hawli protégeant de la morsure du vent
mes cheveux venus caresser ton ventre -
(et qui voilent à leur tour la fierté de ma nuque)
d’un doux baiser de femme
Le quatrième voile que j’enlèverai
en franchissant la porte de ta chambre mon cœur :
le long velours de ma robe royale -
aimant subtil attirant tes doigts -
qui chuchote en silence à chacun de mes gestes :
Bientôt tu seras femme

Le cinquième voile que j’enlèverai
en franchissant la porte de ton foyer mon amour :
le cuir qui tait le cri de mes pas -
arrogants hésitants désirants pas -
qui avancent au rythme d’un cœur qui bat
seule vraie démarche de femme

Le sixième voile que j’enlèverai
en franchissant le bord de tes draps mon amour :
la soie des murmures intimes -
(Voile tes paupières et devine)
For your eyes only Rien que pour tes yeux -
Cette ultime peau de femme

Le septième voile que j’enlèverai
En franchissant la frontière de tes bras mon amour :
celui des idées reçues
Mon corps est un cadeau que j’offre -
tout enrobé de pudeur effeuillée -
à qui saura me rendre femme