le Passant Ordinaire

Minc sans masque

Par Hervé Le Corre

Le Passant Ordinaire n°38 [janvier 2002 - février 2002]

Nous avions relaté dans ces colonnes1 le scandaleux plagiat auquel Alain Minc s’était livré pour écrire un livre sur Spinoza, pillant sans vergogne ni finesse l’ouvrage de notre ami Patrick Rödel2. Comme il se devait, Rödel, ulcéré par tant de grossièreté, déposa plainte devant le tribunal de Paris. Après quelques tentatives, démarches, manœuvres et offres d’arrangement, que l’écrivain spolié repoussa ou déjoua avec dignité, il fut décidé qu’on irait au procès.
Ce qui s’est produit en octobre 2001, avec un jugement mis en délibéré jusqu’au 22 novembre, dans lequel le juge a reconnu la culpabilité d’Alain Minc et l’a condamné conjointement à son éditeur, Gallimard, à payer cent mille francs de dommages et intérêts à Patrick Rödel.
Justice est faite.
Cette affaire, outre qu’elle a dit et fait respecter la loi, et lavé l’affront, a mis en lumière le mode de fonctionnement de ce puissant de cour qu’est Minc : il copie les autres, employant pour cela des « collaborateurs » chargés de rassembler la documentation, et se contente d’une vague réécriture de l’ouvrage ainsi fabriqué. On le savait déjà fort versé dans le recyclage et la vulgarisation de l’idéologie ultralibérale, on ignorait qu’il maniait avec autant de facilité le copier-coller, et que le (mauvais) traitement de texte, chez Minc, s’apparentait au viol des œuvres d’autrui.
Inutile d’insister sur ce que cette jolie victoire a de symbolique, remportée par le talent sur la cuistrerie, par l’humilité exigeante sur la vanité marchande.
Notes :
(1) Le Passant Ordinaire, Y’a un risque, janvier-février 2000. Retrouvez ces chroniques sur notre site www.passant-ordinaire.fr.st.
(2) Spinoza, le masque de la sagesse, éditions Climats, 1997.