le Passant Ordinaire

Derrière l’horizon

Par Christine Vivier

Le Passant Ordinaire n°40-41 [mai 2002 - septembre 2002]

D’abord, briser les cadres. A grands coups de marteau. A grands coups d’art et de mots.
Bien. Créer l’espace. Là où il n’y a que du plein. Délier les mots, démembrer. Là.
Introduire l’élément étranger. Laisser le tout reposer, y revenir plus tard, relire. Voir si la contrainte se laisse oublier. L’artifice fond. La partie fuit. Tout va bien à présent.
Ensuite. Effectuer les possibles. Car tel est bien le propos. Percer le sens, sans perdre le fil. Etourdir la syntaxe, torturer le mot. Le faire avouer ses mensonges, l’amener à crier ses crimes. Qui sers-tu ? Mot, idée, idéemot, idémologie. Ah, te voilà débusqué. Tu rêves de pureté, je te bâtardise. La belle idée bâillonne. Les phrases balbutient. Ba, ba, baa, be, bute, tombe, se relève, écorché. Tiens, tu faillis. Tu suffoques ? Remettre le bâillon. Protection, boucher les failles. Sacrilège, qu’ai-je fait, mais qu’ai-je fait ?
Puis. Se prendre à rêver. S’attraper brusquement par la nuque. Et se projeter en avant. Au-delà l’imaginaire. A perte de vue. On se perd, du regard. L’œil fouille, hagard, dans la fente de mes rêves. Au-delà l’imaginaire. On se perd. Mais il faut encore fouiller. Au-delà l’imaginaire. Là où l’on doit, on ne sait quoi, chercher. A perte de vue, le rêve se drape d’obscurité. Emerge l’autre, et ses contours incertains. Là, sème le spectre de l’inouï. Alors, les mains emplies d’ignoré, à nouveau j’apprends à modeler.
Quoi, quelles limites ? Ah ! la contrainte du déjà-là, de l’ainsi. Le poids de l’être, pierre organique. Et si, pourquoi pas, ailleurs se penser, transgresser l’immédiat, déborder l’horizon familier.
Allons. Un peu de courage. Oser s’étourdir dans l’irréel, le non encore. Désirer enfin !