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Chronique de Jean-Marie Harribey

Et la vertu sauvera le monde… Après la débâcle financière, le salut par l’« éthique » ?

Frédéric Lordon

Paris, Raisons d’agir, 2003, 128 p.

Par la taille, c’est un petit livre. Par le contenu, il est bien plus grand, tout en étant facile d’accès. Vous vous imaginiez peut-être que les soubresauts de la finance, les yoyos de la Bourse, les paniques soudaines, les bulles qui éclatent, et les licenciements qui pleuvent sur les salariés ensuite, étaient le résultat de malversations d’hommes d’affaires peu scrupuleux ou bien de quelques brebis galeuses spéculatrices au milieu d’un aimable troupeau de business men rationnels et cherchant le bien de l’humanité par la grâce de marchés efficients. Et qu’il suffirait de mettre à l’écart les quelques moutons noirs ayant sévi à la tête d’Enron, de Vivendi, d’Alcatel ou de France Telecom. Et bien, non. Frédéric Lordon explique que la crise financière est le produit logique de la déréglementation, de la liberté de circuler pour les capitaux désormais sans entraves, en un mot de la libéralisation tous azimuts du capitalisme actuel. Alors ? Un peu d’éthique et de vertu au royaume du profit ? Cela ne ferait sans doute pas de mal mais cela ne résoudrait rien. France Telecom a un endettement colossal parce qu’elle s’est laissée prendre aux mirages de la « nouvelle économie » en achetant au prix fort Orange et en payant en vraie monnaie et non avec ses propres actions. En voulant jouer sur l’effet d’endettement pour grossir le taux de rentabilité financière sur fonds propres, elle s’est comportée comme une vulgaire entreprise capitaliste. Frédéric Lordon démystifie le discours cherchant à exonérer la finance internationale de ses responsabilités écrasantes dans le désordre du monde.