Les chroniques livres du Passant
Voir toutes les chroniquesChronique de Francis Jeanson
Le crime de Soleilland. Les journalistes et l’assassin.
Jean-Marc Berlière
Paris, Tallandier, 2003, 240 p.
La peine de mort fut abolie, en France, par la commission du budget, le 5 juillet 1906 : d’un trait, elle avait effacé de la loi de finances les gages du bourreau et les frais de guillotine. La discussion parlementaire sur la peine capitale ne laissait alors aucun doute quant à son issue. La peine de mort fut pourtant rétablie, mais par voie de presse. Le 8 décembre 1908, les députés avaient cédé aux exhortations des journaux à grands tirages, et finalement refusé l’abolition. Aucun changement de majorité, pourtant. Mais un viol et un crime odieux, celui d’Albert Soleilland, commis en janvier 1907, sur la jeune fille de onze ans dont il avait la garde. L’impressionnant petit ouvrage de J.-M. Berlière restitue au plus près des sources la place de cet événement tragique au milieu d’une sourde bataille, dont l’opinion était l’enjeu, entre députés ou président de la République, abolitionnistes, et journaux à grands tirages. Les uns pensaient gouverner par le Suffrage, mais les autres dressaient, par la massification de la diffusion, l’opinion en tribunal. Le récit de cet événement oublié, le crime de Soleilland, montre de manière spectaculaire une société se saisir du crime en politique. Et les archives émouvantes, reproduites in extenso, comme le rapport de police sur Soleilland, les lettres de soutien à sa femme ou aux victimes par les citoyens-lecteurs de journaux, les discours de Barrès ou Jaurès, ont ce cachet d’hier, mais semblent venir d’aujourd’hui.
